Complicités et sociétés de contrôle

"Hier, je ré-écoutais cette intervention de Bernard Stiegler : à l'occasion de l'un de ses séminaires, un participant lui pose une question à propos de la complicité des philosophes dans le développement des sociétés de contrôle. Bernard Stiegler avoue que la question est compliquée mais finit par reconnaitre cette dimension (9min23) : le travail et l’éthique de certains philosophes auraient été détournés ?


http://www.youtube.com/embed/lJFvyNO6a-U


En cherchant un peu j'ai retrouvé le texte de Deleuze auquel il fait référence : Post-scriptum sur les sociétés de contrôle. Deleuze y décrit une forme d'immanence "pure" qui conduit à des systèmes de contrôle continu qui imprègnent et formatent toutes les dimensions de la vie.
Je me fais la réflexion que d'une certaine manière, c'est précisément cela qu’évoque Migel Benasayag dans sa description de la fabrication de l'homme amélioré lorsqu'à la fin de son intervention il parle d'une émancipation extrême menant à un nihilisme absolu.(cf  L'idéal ascétique de LA singularité http://florencemeichel.blogspot.com/2008/09/lidal-asctiqure-de-la-singularit.html  et rationalisation du vivant http://florencemeichel.blogspot.co.uk/2009/01/rationalisation-du-vivant.html


http://www.youtube.com/embed/RIi4Q0NoBcc

Peut-être cette intuition sourde et cette crainte d'un possible dévoiement (algorithmique par exemple)  qui faisaient dire à Varela quand on lui posait la question "Au delà du champs biologique, y-a-t-il un enseignement sociologique à tirer d'un modèle de l'auto-poièse, qui est un concept transdisciplinaire ?" Il répondait : "je me refuse à appliquer l'auto-poièse au plan social. Cela peut vous surprendre mais je m'y refuse pour des raisons politiques. L'histoire a montré que la biologie holistique est fort intéressante, mais elle a toujours eu aussi sa part d'ombre; chaque fois qu'elle s'est laissée aller à l'application au modèle social, il y a eu des glissements vers le fascisme et d'autres positions autoritaires comme l’eugénisme." (Ref ouvrage : Complexité, vertiges et promesses (2006) - Ed le Pommier- et en particulier l'interview de Francisco Varela p 155 : Autopoièse et émergence .)

Sans doute aussi ce qui me fait pencher depuis longtemps vers une forme d’équilibre énaction/metacognition http://florencemeichel.blogspot.co.uk/2008/09/connectivism-et-enactionmon-cheminement.html, ou qui guident Olivier Auber vers le concept d'anoptisme http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=Anoptique et Pascal Michon vers une prise en compte des rythmes http://rhuthmos.eu/spip.php?article739"... Peut-être faut-il discerner dans ces pratiques, des prémices et des fondements d'une nouvelle organologie des savoirs ?


A lire en parallèle : 

- Philosophie et transhumanisme http://florencemeichel.blogspot.com/2011/09/philosophie-et-transhumanisme.html 
- Mathématiques appliquées et questionnement philosophique http://florencemeichel.blogspot.co.uk/2014/04/mathematiques-appliquees-et.html
- Miguel Benasayag - UNESCO Philosophie 2012 : Conférence intéressante sur, entre autre, notre rapport au temps et sur l'impact du temps immédiat en tant que court-circuit des processus longs  d'individuation/transindividuation. En particulier a 1h48min16s : besoin démocratique de créer les conditions de connaissance de type méta (niveau2) pour que chacun puisse voter en toute conscience. http://youtu.be/xPP02ngqzWg

Commentaires

centrine a dit…
Cette lecture des conséquences politiques de l'homme amélioré (techniques, produits, chirurgie) est passionnante. Merci d'avoir éclaire le sujet et merci pour les sources.
florence Meichel a dit…
Bonjour Centrine, Merci à vous d'avoir pris le temps de la lecture : il y a en effet beaucoup a réfléchir autour de ces questions parce qu'elles impactent très directement l’éthique de nos formes d'action. On a trop souvent la mauvaise habitude de ne pas approfondir ces sujets pourtant si fondamentaux pour notre avenir ... Au plaisir de vous lire à nouveau et d’échanger :-)