Ou est le leadership politique de l'outre-modernité ?


Philippe Quéau relève aujourd'hui dans son blog :
"Les leaders politiques sont lents à se préoccuper du futur et des problèmes du long terme, ils ont une tendance aux blocages, ils sont réticents à suivre les révolutions, ou à soutenir les changements de paradigme, ils ne veulent pas se trouver en position d’annoncer des mauvaises nouvelles ou des décisions qui ne correspondent pas aux seuls besoins spécifiques de leurs concitoyens, ils évitent les politiques qui requièrent des investissements importants et non prévus, ils sont entourés par des lobbies industriels et financiers qui limitent leur capacité à initier des changements, etc…"
La question que l’on peut se poser est : sont-ils vraiment des leaders politiques ?
Le problème de fond c’est l’institutionnalisation de la politique : les hommes politiques sont payés pour résoudre des problèmes…s’ils se mettaient à travailler pour le bien commun, il y aurait sans doute moins de problèmes et du même coup cela remettrait en question leur utilité…et donc leur autorité…leurs stratégies d’acteurs visent à maintenir le système sur lequel ils s’appuient, voilà tout !
Les plaques tectoniques bougent…mais c’est dessous que ça se passe ! et c’est là que sont les leaders politiques de l’outre-modernité…et c'est là aussi que les moyens et les énergies doivent se concentrer !


A lire aussi en parallèle le billet de Jean Sebastien Bouchard sur le leadership postmoderne et l'article qu'il cite en ref : Le leadership postmoderne de Barack Obama

Commentaires

jeff.fechino a dit…
C'est quand même curieux, la Vie.
Mardi lors d'une intervention devant mes étudiants, nous avons justement évoqué ce sujet. Peut-être pas d'une façon aussi formelle ni en employant la terminologie de Philippe Quéau, mais nous nous sommes interrogés sur cette capacité nécessaire aux hommes politique d'avoir une vision stratégique à moyen et long terme pour constater combien elle leur faisait défaut.
De même que nous évoquions le problème de changement de paradigme auquel notre société est actuellement confrontée.
Je crois profondément que le concept de développement soutenable (durable est une mauvaise traduction française, ne développe-t-on pas notre société pour qu'elle dure, au-delà de notre passage sur cette "pauvre planète" ?). Or, ce concept avec sa complexité (alliant économie, social, environnement et gouvernance) et sa transversalité (quand on l'applique dans une entreprise ou un Etat-nation) remplace (et peut remplacer) avantageusement le libéralisme d'un côté, le capitalisme qui lui est sous-jacent et le "socialisme" d'un autre côté. Seuls, perdureront les thèses extrémistes.
Les années 1980/1990 ont montré les limites du marxisme en tant que doctrine politico-économique. Les années 1990/2008 ont montré les limites du libéralisme capitalistique. Reste plus qu'une voie, celle d'un juste milieu où l'entreprise et la liberté d'entreprendre tient largement sa place (économie) tout en encadrant fortement le droit d'entreprendre, le marché du travail (social), en veillant scrupuleusement à la protection de l'environnement (écologie & environnement) pour trouver une nouvelle forme de système de décisions et de surveillance (gouvernance). Et c'est ainsi que l'on débouche, naturellement, sur la mise en application du concept de développement soutenable.
Alors, malheureusement, c'est vrai que rares sont les hommes politique qui aujourd'hui peuvent comprendre et voir (entrevoir) les possibilités offertes par les perspectives du développement soutenable, y compris les chefs d'entreprises et les leaders "charismatiques" ou les "faiseurs d'opinion". Pourquoi ?
Parce que tous les hommes qui ont plus de 30/35 ans vivent sur les acquis culturels ancrés dans leur inconscient et dans leur conscience… Ils ne savent pas faire autrement… Ils n'ont pas appris… Facultés et grandes écoles n'ont pas encore réellement mis en place ce cursus à l'ordre du jour et surtout, il n'existe aucun modèle complet qui fonctionne. Seules, des bribes, des essais, des tentatives de mise en œuvre sont égrenées, de-ci, de-là. En France, le Grenelle de l'environnement en est un exemplaire. Mais voyez comment députés et sénateurs l'on dévoyés. Reste à voir comment les cadres administratifs l'appliqueront et comment la justice administrative pourra l'interpréter.
Bien entendu, le changement de paradigme est normalement et idéalement le rôle des hommes politiques, des dirigeants… Malheureusement aujourd'hui, il faut bien admettre que nous sommes dans une société qui ne favorise pas ce genre d'exercice. Nous sommes dans un système de "façade", "d'image de soi, renvoyée sur les autres" et celle de la génération "zapping"… Et surtout d'égoïsme…
Ô bien sûre, les "réseaux sociaux" n'ont jamais autant suscités d'engouements, d'articles, de blogs… Mais cela appartient à renforcer l'égo (moi, ma petite personne. Combien ai-je de contacts ? Combiens de lecteurs ?…) et ils fonctionnent (souvent) sur le principe économique (qu'est-ce que mon réseau peut m'apporter en terme de marché, de contacts pour un travail…).
Les hommes politiques (j'ai été durant quelques temps "attaché parlementaire" pour un député), reçoivent plus de CV qu'une grande entreprises. En même temps, toutes les entreprises (de la PME à la très grande) ne cesse de les inonder de demande de subventions, d'aide ou de suppliques pour alléger l'accès à tel marché ou renforcer la protection de tel autre… Et si jamais un homme politique arrive à imaginer un seul instant d'entrevoir le futur, de changer de registre, il se fait vite brocarder par les autres (collègues et adversaires) mais aussi par les médias.
Obama a du souvent édulcorer son discours et rester sur des généralités… pour obtenir un maximum de voix, voir combattre certaines idées de ces adversaires (H. Clinton) avant de les reprendre à son compte… De même qu'il a promis beaucoup mais aujourd'hui ne sais pas trop comment il pourra tenir ses promesses…
Mais au-delà des promesses et du manque de vision, les hommes politiques sont d'abord (il faut le regretter) des tueurs en interne de leurs partis… Tuer l'adversaire, se concentrer sur le combat interne avant de consacrer un petit peu (trop peu) de temps aux électeurs… Voir Obama/Clinton, Sarkozy/UMP, Royale/PS…
Ils sont reconnus "leaders" par défaut, seulement parce qu'ils ont mis leurs adversaires à terre, par KO et non parce que souvent ils ont une meilleure vision que les autres.
Et c'est vrai que l'institutionnalisation de leur poste, de leur responsabilité les fait se détacher (très rapidement) de la base… En France en particulier… Vieilles réminiscences royaliste où chaque dirigeant veut singer le roi détrôné et mis à mort… les ministres, jusqu'au maires de grandes villes se comportent comme la vieille noblesse royale (le sens de l'honneur en moins) ne pensant qu'aux prébendes, avantages acquis et mènent grande vie, grand train au frais des contribuables que (malheureusement) ils méprisent (en privé)… et ne rencontrent vraiment qu'en période électorale…
Et l'électeur, est-il prêt à entendre la "vérité". Alors que nous vivons pour nous, égoïstement dans notre petite sphère, sommes-nous prêts au sacrifice pour l'autre, les autres ?
Je n'imagine même pas l'idée une "conscription générale" pour cause de guerre… Je pense que nous ne pourrions compter sur la Légion étrangère et quelques unités d'engagés… et d'ailleurs, la seule chose qui peut aujourd'hui nous "sauver" c'est que les hommes politiques eux-mêmes, hésiteraient à nous engager dans pareille aventure, non par idéal de paix ou d'idéologie, mais par peur de se faire "lynché" ou ridiculisé voir de ne pas se faire réélire…
Nous avons les leaders politiques que nous méritons et que nous avons "librement" choisi…
Aux générations montantes de "faire leur révolution" sans vouloir copier le modèle actuel que nous leur offrons… mais cela est une autre paire de manches.