Education 2.0 et Education nationale

Je continue la discussion engagée avec E-Ko a la suite du billet "Education 2.0 : un projet qui concerne les enfants et leur avenir"

Voilà sa réflexion :"Peut-être que tout est une question d'équilibre... et que ce n'est pas à l'EN de construire des projets pour nous ni pour NOUS, ça risquerait de ne pas plaire à tout le monde et de devenir, à la longue, un peu oppressant. L'EN doit simplement donner un maximum d'utiles (techniques et non techniques) pour que tout le monde puisse construire son avenir possible.

C'est à nous et éventuellement à NOUS de réfléchir et de choisir les utiles dont nous avons besoin pour une société meilleure pour TOUS et non seulement pour QUELQUES UNS... les techniques sont des moyens et ne doivent, en aucun cas, être une fin en soi, sans recul ni critique!

Non ?"

Et Voici la mienne :
Je te rejoins sur la vision des TIC : ce ne sont que des outils au service de projets...

Ce qui m'inquiète aujourd'hui c'est que, par exemple en France, l'EN sous l'action de son ministre se lance dans une croisade TIC dont le seul horizon semble être la maitrise des technologies par le plus grand nombre...et NOUS savons bien que sous l'argument de la "réduction de la fracture numérique" se dissimulent des enjeux économiques liés à une dépendance centrée sur les technologies et l'innovation....la technologie pour la technologie : voilà le projet de société que vise l'EN.... ou en tout cas elle s'en fait la complice...Est-ce là notre projet d'avenir...j'ose espérer que non !

Si NOUS posons comme projet de vie de favoriser les contextes d’un avenir durable pour chacun et pour tous avec comme moyens d'action le développement des capacités individuelles et collectives a être auteur et acteur de nos propres vies, alors il ne s'agit plus de rentrer dans une logique de consommation pure et mise sous dépendance, quelle qu'elle soit ! ...il s'agit dès le départ d’apprendre aussi à se questionner sur les besoins de chacun et sur la pertinence des outils dans ce contexte...c'est un méta-apprentissage long et complexe qui met en jeu sa faculté de juger de la pertinence des choses à la fois pour soi même et pour le NOUS !...le paradoxe et peut-être la difficulté, c'est que la pratique des TIC facilite cette prise de recul, y compris sur l'usage des TIC même ! Un équilibre à trouver pour chacun, oui !

Aujourd'hui, L'EN est devenue une forteresse centrée sur elle même...son ultime ambition est sa propres survie...Les projets du NOUS, l'avenir des enfants : ils s'en foutent collectivement...pas forcément individuellement...c'est là dessus qu'il faut compter...parmi les professeurs en place il y a des gens qui se sentent concernés et impliqués par l'avenir des enfants...ils peuvent devenir les passerelles vers l'équilibre et les régulations du système auquel NOUS aspirons !

C'est ces gens là que j'ai envie d'accompagner parce que leur tâche est passionnante mais aussi difficile...les paradoxes et les pressions seront de plus en plus fortes...il leur faudra recentrer les pratiques pédagogiques (TIC entre autre) et leur pertinence autour des besoins propres des enfants et non autour de la marche forcée techno-centrée...

Voilà ma vision des choses ! :-)

Commentaires

xavier aucompte a dit…
En lisant vos deux articles sur l'éducation 2.0, je me suis posé une question simple : peut-on arriver à standardiser l'utilisation des nouvelles technologies et plus particulièrement du web et outils informatiques? A cette question, je répondrai par la négative.

Le 2.0 avec le blog entre autre ou le wiki a cette capacité de faire sortir un génie d'une situation d'échec social. Quelque soit votre statut social, quelque soit votre métier ou votre niveau scolaire, vous pouvez réaliser un blog qui peut devenir le meilleur et peut-être trouver un boulot grâce à cela. Il est donc important de donner cette autre chance à tous.

A côté de cela, la multiplication des sources entraîne la multiplication de sources mauvaises et la culture scientifique de vérification des données est à réapprendre. En même temps, cette infobésité dangeureuse permet à un enfant qui habite au fin fond d'un village rural sans accès à une librairie sympas ou à une bibliothèque de trouver des informations. En contre partie, en ville, aller à la bibliothèque pour les enfants pour leur apprendre à chercher est important.

Je pourrai citer nombre de bonnes et mauvaises choses portées sur le web 2.0 mais à aucun moment ces attitudes ne sont guidées parce que le web 2.0 est l'apparition d'un internet dont les utilisateurs sont les maîtres.

Après il y a le combat matériel et le risque de pousser des éditeurs. D'une certaine façon, c'est le risque à payer et avec l'affaire Microsoft finie cette semaine, on voit qu'en France, on préserve le principal.

Enfin, il existera de plus en plus un fossé techno entre enfants qui ont la wii, la nintendo ds, l'internet chez eux, l'adsl, ... et ceux qui n'ont rien ou presque. Si l'école peut être un lieu encore une fois qui proposent ces outils à tous, c'est bien.
florence Meichel a dit…
A Xavier

Je vous rejoins Xavier : Impossible de standardiser les usages du web...c'est d'ailleurs cette variété possible qui en fait tout l'intérêt...

Ce que l'on peut par contre fortement préconiser c'est une mise a distance par rapport aux outils et une reflexion par rapport aux besoins de chacun ...un positionnement meta en somme...

Je crois qu'il est important que chacun se questionne sur la nature des informations et leur pertinence, sur les logiques qui animent le web 2.0, les outils, les usages et leurs conséquences pour chacun...etc...
Sans cet apprentissage critique, nous rentrons dans des logiques de dépendance malsaine !

C'est surtout là que se situe la nécessité d'un accompagnement auprès des élèves ! Et j'insiste sur le concept : il s'agit de mettre en oeuvre un accompagnement des elèves...pas un cours didactif
florence Meichel a dit…
Pour le dire clairement, il y a un travail de mise en sens important à mener pour chacun !
Landry a dit…
Bonjour,

Etant professeur d'Histoire Géographie, donc à l'intérieur du système, j'identifie plusieurs points bloquant ma marche vers l'Education 2.0

1/ Pb matériel:
Dans mon lycée, une salle informatique de 18 postes et 2 lots portables + vidéprojecteur, à réserver. Pas impossible mais compliqué.

2/ Pb humain du côté professeur:
La formation des profs n'incite pas à la mise en autonomie des élèves ni à la mutualisation même si ça évolue doucement.
Il y a aussi la peur de perdre le contrôle de la classe et aussi la maîtrise de la connaissance dont l'image populaire fait du professeur le détenteur et le dispensateur et qui lui confère son pouvoir...

3/ Pb humain côté élèves:
Les élèves ne sont pas (encore) habitués à ces pratiques. Depuis l'an dernier, j'ai mis un blog en ligne pour les élèves mais ils n'ont pas encore l'habitude de s'en servir et surtout l'info ne va qu'en descendant, reproduisant les rapports classiques de transmission, presque de domination...
Peu d'élèves se saisissent de la possibilité de me contacter malgré mes invitations répétées.

Par ailleurs, le travail en autonomie avec ressources n'est pas aisé. Les élèves n'identifient pas ceci comme du "vrai travail" associé souvent au moment où ils notent sur le cahier le cours du professeur, donc le prenne moins au sérieux.

Pour autant, je ne me décourage pas mais ce serait plus facile si on poussait tous dans le même sens...

Concernant le ministère, au-delà de l'adaptation des futurs travailleurs à leurs nouveaux outils (satisfaction des besoins des entreprises), il me semble qu'il y a peut-être aussi un enjeu de société: Quelle place pour nos politiques dans une société d'individus plus autonomes ?

C'est la fameuse opposition entre le berger qui mène ses brebis et le tuteur qui guide doucement la plante en la laissant pousser seule... Nos politiques ont-ils peur de transformer leur baton de pèlerin en tuteur...

Une autre question me chiffonne dans le Web 2.0, c'est la démultiplication de projets similaires. On peut se réjouir de cette "créativité" mais faire x fois la même chose, c'est aussi un gaspillage d'énergie et de neurones qui pourraient s'employer à d'autres projets.
Rien que sur les sites académiques, des centaines de collègues font la même chose dans chaque académie.
La mutualisation me semble un enjeu peu pris en compte par l'EN.

Il y a donc beaucoup à faire et ensemble.
florence Meichel a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
florence Meichel a dit…
A Landry :

C'est un bonheur de vous lire...les difficultés, il y en a...c'est certain...le chantier est vaste et complexe...mais quand on croise des gens comme vous, on se dit que tout est possible...je vous rejoins sur la question de la mutualisation...c'est un peu le sens du réseau Apprendre 2.0 que je développe avec d'autres afin du mutualiser les expériences de chacun, de réfléchir et d'agir ensemble
http://apprendre2point0.ning.com/

...si je peux acccompagner ailleurs, n'hésitez pas à me le faire savoir...

Par rapport à votre commentaire je me dis qu'il y a une pédagogie par projet et à l'échelle de l'établissement à mettre en oeuvre...qu'en pensez-vous ?