11 octobre 2009

Réseaux sociaux : ce que les affaires politiciennes nous apprennent

(Au delà des cynismes et des mépris !)

Les événements de ces derniers jours (affaire Polansky, Frederic Mitterrand, Brice Hortefeux, hadopi, Jean Sarkozy) me semblent éclairer des processus en cours importants...je vais essayer d'y mettre des mots.

D'un cote, des réseaux sociaux avec des gens qui apprennent vite, qui maturent et qui commencent a percevoir les structures dans lesquelles ils évoluent...jusqu'alors elles restaient opaques et invisibles. Ils découvrent, entre autre, qu'ils sont capables de fonctionner ensemble, de créer du sens commun, d'apprendre ensemble...

Le problème c'est que ces compétences collectives ne sont pas reconnues par les "élites" : on peut même dire qu'elles sont largement dévalorisées en particulier par la classe politique...

D'une certaine façon, cette non reconnaissance et cette dévalorisation constituent une forme de mensonge que les acteurs des réseaux sociaux perçoivent parfaitement...cela engendre frustrations et état de crise...et cela d'autant plus que Google et compagnie instrumentalisent cette dimension!

Tout concourt a amplifier le malaise perçu par les acteurs et a créer des exaspérations, voir de fortes tensions ! L'effet retour de ce malaise c'est encore plus de mépris et de provocation de la part des élites : on instaure ainsi une sorte de cercle vicieux de la dévalorisation : "tous des pirates" ou "tous des lyncheurs" amènent a toujours plus de frustrations, d'incompréhensions, de heurts et au final de dévalorisation! C'est l'effet pygmalion à l'échelle des réseaux !

Dans ce contexte de crise, ceux qui pensent avoir a perdre, mettent en place des stratégies de resistance et d'autoritarisme.
  • Des intellectuels, amplement relayés par les médias, prennent conscience de la maturation individuelle et collective en réseaux et certains en ont très peur : ils n'ont plus le monopole de la "parole sagesse"...Une façon d'exister : c'est de prendre le parti des énormités et des dérapages a visée culpabilisantes et diabolisantes...c'est une manière de garder le contrôle et le monopole de l'attention...Alain Finkielfraut en donne ici la caricature...il n'est pas le seul...Ainsi, Alain Finkielkraut avoue ne pas savoir se servir d'internet a Pierre Levy ["je me dis que ma vie serait facilitée si j'étais branché sur le net, si j'avais appris a m'en servir" http://www.youtube.com/watch?v=VwvEpQUsRsw ]...ce qui ne l'empêche pas, même s'il n'y connaît rien, de faire d'internet le mal absolu (la planète internet => foule lyncheuse) 
    - Chaos économique et culturel pour justifier  d'une législation intrusive et répressive type dadvsi, hadopi
    - Jeu de la mort pour légitimer harcèlement/lynchage en réseau et autres formes de torture/contrôle psychologique de masse..."Toutes les personnes qui se sont impliquées dans la fabrication du « jeu de la mort » se sont ainsi rendues complices, à leurs niveaux, de ces actes de torture commis en réunion, et contrairement à leurs victimes, ils n’étaient pas isolés, ni même manipulés. L’expérience est donc d’autant plus intéressante en ce qui les concerne.  Ces observations mettent également en lumière la profonde hypocrisie du message de ce documentaire et les conclusion abusives qui en sont tirées...Les organisateurs du documentaire se sont sans doute placés plus ou moins consciemment dans la situation de tortionnaires légitimes. Des tortionnaires légitimes de la télévision publique poursuivant le but légitime de déniaiser les masses. (Comme le scientifique Milgram acceptaient de faire souffrir ses cobayes pour les bienfaits de ses découvertes scientifiques)...Tout est là. Le jeu de la mort était une compétition et beaucoup sont allés au bout parce qu’ils sont conditionnés à gagner depuis qu’ils sont à la maternelle. (Tout comme Tania Young à accepté de faire souffrir des candidats pour faire avancer sa carrière à la télévision)"
Au final, ces stratégies de manipulation  accentuent encore un peu plus l'exaspération et DÉTRUISENT DURABLEMENT LA CONFIANCE des acteurs en réseaux parce qu'ils perçoivent les tenants et les aboutissants de ce système de propagande larvée ! "des épreuves toujours plus perverses rendent aussi plus complexe la transmission d’un modèle de délibération politique, qui repose sur le libre-arbitre et le respect des consciences. On déplore sur la scène politique la chute de la confiance dans les institutions. Or sans en exagérer le poids, ces émissions de divertissement constituent un environnement qui entraîne à la défiance généralisée et à la trahison des proches et des coéquipiers pour « survivre » et empocher la mise, une tentation plus irrésistible en période de crise."

J'ai l'impression que plus les réseaux gagnent en compréhension, plus globalement les "élites" et les politiques gambergent, dérapent, mentent, provoquent...voir pire...ici et ailleurs...c'est un design que l'on retrouve dans d'autres contextes que celui de la France...une sorte d'attracteur étrange.

Or ce processus de maturation lié aux réseaux apprenants ne va pas s'arrêter mais s'accélérer...les élites, intellectuels et politiques qui n'adhèrent pas au processus en marche vont devoir composer avec cette nouvelle donne...La dévalorisation systématique est un jeu de dupes a très court terme qui n'empêchera pas le cours des choses.

Cette maturation des acteurs en réseau sur le plan individuel et collectif constitue en fait les forces vives des dynamiques sociales, culturelles, économiques, etc a l’ère du numérique. Il est primordial de les valoriser et de les accompagner...c'est une question d'avenir!

Sans citoyens émancipés, pas de démocratie http://florencemeichel.blogspot.co.uk/2010/05/sans-citoyens-emancipes-pas-de.html

Anoptisme en pratique sur Twitter au moment de la diffusion du jeu de la mort (2010)

 

MAJ du 25/10/2010 : A lire cet article de Cynthia Fleury dans le monde qui resone avec mon billet : "On est dans l'erreur si l'on pense que la démocratie, c'est d'un côté un pouvoir représentatif, seul légitime, et de l'autre côté une foule. Même si le gouvernement affirme qu'il a orchestré la négociation, il ne l'a pas orchestrée jusqu'au bout, c'est-à-dire qu'il a refusé de reconnaître la valeur, la nécessité, la légitimité des acteurs publics que sont les syndicats, les partis politiques, les associations. Dans les démocraties modernes, il y a d'un côté des citoyens éclairés, des citoyens responsables, et de l'autre des élites éclairées, des élites responsables. On peut estimer que les citoyens ou que les élites ne sont pas assez éclairés et jouent à se dénigrer perpétuellement mais cette attitude ne conduit nulle part. La démocratie, ce n'est pas la réciprocité des mépris...Les démocraties adultes s'organisent différemment, surtout avec l'irruption des nouvelles technologies et la part croissante de la démocratie participative. On essaie aujourd'hui de positiver cette souveraineté dite négative, c'est le grand challenge des démocraties modernes. Elles doivent structurer, organiser, ossifier la démocratie participative, travail qui a déjà commencé. Un nouvel acte s'est ouvert dans l'histoire de la démocratie."
A lire en parallèle :
- Occuper Wallstreet et son esprit http://owni.fr/2011/10/07/rentrer-dans-la-finance/

MAJ du 20 mai 2012 :

Mouvement des étudiants québécois - mai 2012



A noter que ces mouvements sociaux ont conduit au vote de la loi 78 qui limite le droit d’association et de manifestation...avec les risque que cette limite joue l'amorce de véritables cercles vicieux par le renforcement des mépris et des aveuglements  ? http://www.bodyspacesociety.eu/2012/05/20/ted-casilli-simulation-censure/

MAJ du 25 mai 2012 : Les politiciens apprenants c'est pour quand ??? :-)  http://www.bastamag.net/article2410.html

MAJ du 18 mars 2013 : interessant ! Quand les politiciens se posent des questions de design et d'impact de design. Ed Miliband on Leveson: 'An independent system of regulation' - Question : are you designing a system that would prevent etc... http://www.bbc.co.uk/news/uk-21828521

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