09 décembre 2014

Francisco Varela via Internet


From the Poietic Generator



Dans la vie, il arrive que vous "croisiez" un jour une idée, une œuvre d'art, un ouvrage, etc... ou un texte essentiel qui révolutionne votre façon de penser. Piaget parlerait sans doute d'accommodation dans ce cas précis.







"Approches de l'intentionnalité de l'individu aux groupes sociaux" écrit par Francisco Varela fait partie, pour moi et d'autres, de ces textes fondamentaux qui ont profondément transformé et marqué mes représentations du monde.

Depuis quelques temps, je remarque que cette référence disparait peu à peu des moteurs de recherche : il n'est plus guère accessible que via cette url.

J'ai tenté de contacter l'adresse mail associée au site de Francisco Varela pour suggérer que "Approches de l'intentionnalité de l'individu aux groupes sociaux" y trouve sa place parmi les références de grande qualité que regroupe le site...malheureusement sans succès : le mail m'a été retourné avec un message d'erreur.

A l'ère d'internet, j'avoue que cela me rend triste et je ne comprends pas.

04 avril 2014

Mathématiques appliquées et questionnement philosophique

Dans cet article, Aveu d'un pionnier d'Internet : "nous nous sommes trompés de bonne foi http://meta-media.fr/2014/03/24/aveu-dun-pionnier-dinternet-nous-nous-sommes-trompes-de-bonne-foi.html , Jaron Lanier nous apprend que "Au début l'informatique donne l'impression de tout pouvoir réaliser, de fournir d'infinies richesses, alors qu'en fin de compte, le phénomène se renverse et échoue (...) Quand vous avez les plus gros ordinateurs du monde qui vous aident en collectant des données pour vous donner un avantage, c'est si puissant que vous vous précipitez. Mais finalement, ce n'est qu'une illusion". (...) Lanier met en garde contre le principe de réalité contre lequel se heurte toujours la statistique.

En parallèle dans cet autre article, Big data: are we making a big mistake? http://www.ft.com/cms/s/2/21a6e7d8-b479-11e3-a09a-00144feabdc0.html il est expliqué que : " found data contain systematic biases and it takes careful thought to spot and correct for those biases. Big data sets can seem comprehensive but the "N = All" is often a seductive illusion. (...) big data do not solve the problem that has obsessed statisticians and scientists for centuries: the problem of insight, of inferring what is going on, and figuring out how we might intervene to change a system for the better. (...) "Big data" has arrived, but big insights have not. The challenge now is to solve new problems and gain new answers - without making the same old statistical mistakes on a grander scale than ever."

Alors je me questionne : Le "détournement" des  inférences bayésiennes (liées aux systèmes quantiques) vers des calculs de statistiques fréquentistes ne pose-t-il pas problème ? Cela ne  participe-t-il pas à une forme de "saturation/réduction des codes" ?

A lire en complément 
- Page wikipedia : inférence bayésienne et incertitude https://fr.wikipedia.org/wiki/Inf%C3%A9rence_bay%C3%A9sienne
 "Le raisonnement bayésien s'intéresse aux cas où une proposition pourrait être vraie ou fausse, non pas en raison de son rapport logique à des axiomes tenus pour assurément vrais, mais selon des observations où subsiste une incertitude. (...) L'inférence bayésienne révise la probabilité des propositions au fur et à mesure des observations, incluant, dans l'analyse de Thomas Bayes qui lui donne son nom, la première opinion (a priori) sur la probabilité des prémisses."
- Rationalisation du vivant http://florencemeichel.blogspot.com/2009/01/rationnalisation-du-vivant.html
- Philosophie et transhumanisme http://florencemeichel.blogspot.com/2011/09/philosophie-et-transhumanisme.html 
- Littérateurs, algorithmes de statistiques et langage http://www.rslnmag.fr/post/2013/10/04/Les-algorithmes-ces-litterateurs.aspx
"l'analyse des discours politiques peut prendre un autre sens avec les programmes de Jean Véronis. Ancien professeur de linguistique et d’informatique de l’université d’Aix-Marseille, il a bouleversé le web Français en utilisant les mots comme des données pour générer des outils de production statistiques. Ils ont permis aux lecteurs du Monde de découvrir quel homme politique utilise le plus tel ou tel mot, ou encore celui le plus cité dans la presse. Des comparateurs de mots ont ainsi vu le jour pour offrir une nouvelle littérature à la presse. 
Mais ces traitements de texte informatique semblent avoir quelques limites dans leur interprétation."
- Analyse critique des statistiques fréquentistes par Henry Rouanet http://www.math-info.univ-paris5.fr/~lerb/rouanet/travaux_statistiques/liens_documents/proba.html
" L'idéologie fréquentiste détourne des analyses descriptives; elle donne une place démesurée aux  hypothèses techniques;  enfin elle exclut toute probabilité des  hypothèses d'intérêt. En somme, elle bloque toute analyse inductive des données:  cf. notre Dialogue  "sur les grands systèmes de la statistique", le khi-deux; les  commentaires de Guttman  sur l'affaire Burt; sans parler de la récente mise en cause dans les médias  de la recherche médicale."

A lire aussi sur biais et sciences :
- Biais de confirmation d'hypothèse http://www.comoria.com/244783/Biais_de_confirmation_d%27hypoth%C3%A8se
"Wason relata ce phénomène comme étant le biais de confirmation, où les sujets cherchent systématiquement une preuve de confirmation plutôt que d'infirmation. Le biais de confirmation était l'explication originelle de Wason pour les erreurs systématiques faites par les sujets dans la tâche de sélection de Wason. En substance, les sujets choisissaient seulement d'examiner des cartes qui confirmeraient la règle donnée au lieu de l'infirmer. Certains ont soutenu que le biais de confirmation était la cause de croyances sociales auto-réalisatrices qui se perpétuent."
- Biais de publication https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_publication
" Un biais de publication désigne en science le fait que les chercheurs et les revues scientifiques ont bien plus tendance à publier des expériences ayant obtenu un résultat positif (statistiquement significatif) que des expériences ayant obtenu un résultat négatif (soutenant l'hypothèse nulle). Ce biais de publication donne aux lecteurs une perception biaisée (vers le positif) de l'état de la recherche."
- Expertise scientifique, histoire et preuve http://questionsdecommunication.revues.org/7073
" L’expertise, commandée pour résoudre un cas qui présente des incertitudes, produit un jugement scientifique et, en même temps, se trouve au centre d’une rencontre d’intérêts contraires qui animent des personnes de diverses disciplines. L’expert émet un avis qui doit permettre une prise de décision. Or, dans tout jugement, intervient le facteur humain et une part de subjectivité subsiste. Les éléments fournis peuvent servir à d’autres acteurs et autoriser de nouvelles interprétations. À travers deux faits historiques, l’expertise paraît être une méthode d’investigation qui ne fournit pas de réponses aux questions posées, mais semble apporter un éclairage nouveau à propos des phénomènes observés. Elle s’ajoute donc, en tant que science auxiliaire, aux travaux de l’historien, et joue un rôle de caution dans la démonstration d’une hypothèse. La complémentarité des disciplines est réelle mais, même s’il y a vérité scientifique, elle n’administre pas nécessairement la preuve. Comme l’a souligné Philippe Corcuff (1995 : 116), « c’est plutôt un nouvel usage des notions de vérité scientifique et de réalité qui se dessine. Les vérités scientifiques qui, elles-mêmes, ne visent qu’une part des usages sociaux de la notion de vérité […], apparaissent plurielles, historiquement et socialement situées, provisoires, mais la notion de vérité continue à constituer un horizon régulateur pour le travail scientifique ». L’histoire est semée de possibles et son écriture traduit ces incertitudes. Le métier d’historien consiste à dissiper les doutes et contribue à établir l’authenticité des faits. L’expertise peut alors se dessiner comme une stratégie utilisée pour s’approcher de la vérité."

 MAJ du 11 décembre 2014 : ne pas désespérer :) ... à propos de l'estimation de l'étrangeté des étiquettes https://www.rocq.inria.fr/axis/modulad/archives/numero-42/WORD-11Articles/3.%20CHERVONENKIS-final.pdf

Ref photo : http://grimmdev.deviantart.com/art/404-CSS3-Animation-Continuation-309251907

14 septembre 2013

Complicités et sociétés de contrôle

"Hier, je ré-écoutais cette intervention de Bernard Stiegler : à l'occasion de l'un de ses séminaires, un participant lui pose une question a propos de la complicité des philosophes dans le développement des sociétés de contrôle. Bernard Stiegler avoue que la question est compliquée mais finit par reconnaitre cette dimension (9min23) : le travail et l’éthique de certains philosophes auraient été détournés ?


http://www.youtube.com/embed/lJFvyNO6a-U


En cherchant un peu j'ai retrouvé le texte de Deleuze auquel il fait référence : Post-scriptum sur les sociétés de contrôle. Deleuze y décrit une forme d'immanence "pure" qui conduit a des systèmes de contrôle continu qui imprègnent et formatent toutes les dimensions de la vie.
Je me fais la réflexion que d'une certaine manière, c'est précisément cela qu’évoque Migel Benasayag dans sa description de la fabrication de l'homme amélioré lorsqu'à la fin de son intervention il parle d'une émancipation extrême menant à un nihilisme absolu.(cf  L'idéal ascétique de LA singularité http://florencemeichel.blogspot.com/2008/09/lidal-asctiqure-de-la-singularit.html )


http://www.youtube.com/embed/RIi4Q0NoBcc


Peut-être cette intuition sourde qui faisait dire à Varela quand on lui posait la question "Au delà du champs biologique, y-a-t-il un enseignement sociologique a tirer d'un modèle de l'auto-poièse, qui est un concept transdisciplinaire ?" Il répondait : "je me refuse à appliquer l'auto-poiese au plan social. Cela peut vous surprendre mais je m'y refuse pour des raisons politiques. L'histoire a montré que la biologie holistique est fort interessante, mais elle a toujours eu aussi sa part d'ombre; chaque fois qu'elle s'est laissée aller à l'application au modèle social, il y a eu des glissements vers le fascisme et d'autres positions autoritaires comme l’eugénisme." (Ref ouvrage : Complexité, vertiges et promesses (2006) - Ed le Pommier- et en particulier l'interview de Francisco Varela p 155 : Autopoièse et émergence .)


Sans doute aussi ce qui me fait pencher depuis longtemps vers une forme d’équilibre énaction/metacognition http://florencemeichel.blogspot.co.uk/2008/09/connectivism-et-enactionmon-cheminement.html, ou qui guident Olivier Auber vers le concept d'anoptisme http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=Anoptique et Pascal Michon vers une prise en compte des rythmes http://rhuthmos.eu/spip.php?article739"


Anoptisme en pratique sur Twitter au moment de la diffusion du jeu de la mort (2010)




A lire en parallèle : 

- Philosophie et transhumanisme http://florencemeichel.blogspot.com/2011/09/philosophie-et-transhumanisme.html
- Miguel Benasayag - UNESCO Philosophie 2012 : Conférence interessante sur, entre autre, notre rapport au temps et sur l'impact du temps immédiat en tant que court-circuit des processus longs  d'individuation/transindividuation. En particulier a 1h48min16s : besoin démocratique de créer les conditions de connaissance de type méta (niveau2) pour que chacun puisse voter en toute conscience. http://youtu.be/xPP02ngqzWg